
pour Mateo
Le mythe de l’enfant-poète, de Rimbaud à Minou Drouet, fascine. Le destin de Luis Ernesto Valencia (1958-1968) est quant à lui bouleversant. Peut-être même au-delà ou en decà de toute poésie. Comment ne pas être ému de la trajectoire de ce gosse qui quitte ses parents à l’âge de cinq ans, et dont le premier souvenir, nous explique-t-on, « se perdait dans le tunnel d’un train où il voyageait sans billet ». On a lu les dates qui accompagnent le nom du poète. L’enfant fut fauché, de nuit, par la chariote brinquebalante d’un marchand de glaces. Nous restent de lui un petit recueil de poèmes. Le gamin avait de l’humour : « Je m’appelle Luis Ernesto Valencia et ce que j’aime le plus c’est manger la grêle./ J’ai commencé à écrire récemment ; mais j’ai écrit plus que Tarzan toute sa vie. » Ainsi se présentait l’enfant lors de tournées tapageuses avec les poètes nadaïstes, à Cali, à Bogotá, partout en Colombie.

Luis Ernesto Valencia ne s’autorise que de lui-même. Le nadaïsme est un sacerdoce de liberté libre, de vraie vie :
DIPLOMA
Para ser nadaísta
no tuve necesidad de ir a Harvard
a tomar cursos de verano
Bastó que la estatua de la Libertad
me bajara su antorcha
para encender mi cigarrillo
DIPLÔME
Pour être nadaïste
je n’ai pas eu besoin d’aller à Harvard
suivre des cours d’été
Il a suffi que la statue de la Liberté
baisse sa torche vers moi
pour allumer ma cigarette
Tout se joue chez Luis Ernesto Valencia dans des vers pas si enfantins que ça, aux accents quelquefois dignes de Maïakovski.
El mundo se está acabando…
¡Amárrense los cinturones!
Le monde touche à sa fin…
Attachez vos ceintures !

El Gigoló de los dioses a été traduit par Boris Monneau et a paru en co-édition, Librairie La Brèche et Pierre Mainard. On ne peut que se réjouir d’une pareille résurrection.
TUMBA
Cuando muera
no me compren ataúd
Búsquenme
pero volando
una cajita vacía
de cartón
y guarden allí mis restos
hasta que resucite
TOMBEAU
Quand je mourrai
ne m'achetez pas un cercueil
allez chercher
et plus vite que ça
une petite boîte vide
en carton
et mettez-y mes os
en attendant que je ressuscite
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