
Le dimanche 6 juillet 2025 à 11 heures, nos camarades enterreront, comme annoncé par voie de presse, une pelle au Puy-du-Ciel (Corrèze). Nous nous engageons pour notre part dans la première expédition d’une vaste mission archéologique sur les traces en la bonne ville de Strasbourg du poète Jean-Pierre Le Goff (1942-2012). Ce dernier y effectua plusieurs séjours, y exposa, même, le résultat de ses recherches (cela fera l’objet d’une autre expédition).

Les principes généraux de cette mission que nous n’hésitons pas à qualifier d’archéologique ont été énoncés, ici-même. Ils s’appuient sur « un rigoureux dilettantisme » qui nous maintiendra dans un état de conscience propice à peser l’impondérable. Il ne saurait être question de méthode à proprement parler. Plutôt d’une forme un peu exaltée de sagesse. « Sans quoi cela ne peut être voué qu’à l’échec. C’est en effet dans les angles morts de la conscience que sont tapis les crustacés du Grand Rêve. » [lire les Prolégomènes à l’organisation, etc.]
Le Puy-du-Ciel et la Cathédrale entretiennent des rapports d’idéale correspondance verticale. Faut-il rappeler que Notre-Dame de Strasbourg est érigée sur une forêt de pilotis ? Cette cathédrale, longtemps un des édifices les plus hauts du monde, s’enfonce sous le niveau de la ville. On parle d’un immense lac souterrain sur lequel reposerait Notre-Dame.
Il y a une cathédrale qui descend et un lac qui monte.
(Arthur Rimbaud, Illuminations)
Le toponyme « Puy-du-ciel » descend et monte aussi bien que la cathédrale de Strasbourg. Il me semble puiser dans l’altus latin, qui renvoie autant à l’abîme du haut qu’à l’abîme du bas. C’est de ce mot que vient la « haute mer ». Il n’est pas sans témoigner de nos préoccupations. Tant il est vrai que notre aventure prend les accents périlleux d’un périple sur une mer de signes, sur une mer démontée que nous aurons à cœur de remonter, en Corrèze comme à Strasbourg.
Enterrer une pelle est un des rituels de la Réisophie classique, mais constitue également un vibrant hommage à Jean-Pierre Le Goff, lequel enterra un fil à plomb, le 15 juin 1986 dans un bois près de Brunoy, dans l’Essonne. Comme il le signala par voie postale à quelque 130 personnes : « Afin de se délester d’un texte et de se sortir le plomb de la tête, le fil du même nom sera couché dans un lit de ciment, en position du rêve, le 15 février 1986 à 8 heures par 48° 43′ 11′ ‘ de latitude Nord et 2° 31′ 8’ ‘ de longitude Est du méridien international. »
Nos camarades, en Corrèze, ont d’ores et déjà creusé la fosse où enterrer la pelle. Laurent Albarracin me signale, par un email daté du 4 juillet 2025, avoir trouvé un morceau de verre au moment de l’excavation. Je m’étais ouvert à lui, dans une missive précédente, quant à notre projet qui consiste, sur une idée lumineuse de Rachel, à restituer le Rayon Vert à la Cathédrale de Strasbourg.
L’imagination achoppe sur ce morceau de verre. L’expédition archéologique de demain, nous le verrons, est en effet liée au verre mais également au vert.
Parmi les outils qui, du côté strasbourgeois, serviront à extrapoler un rayon vert figurent : un crayon vert ainsi qu’un exemplaire du Rayon vert de Jules Verne (édition courante, 1968), une feuille de papier, une enveloppe. Ces objets ont d’ores et déjà été mis de côté pour l’expédition. (Nous disposons de deux crayons verts. On ne sait jamais.) Reste à trouver un verre de Perle.
Car la Perle révèle le Cercle dont nous tirerons le Rayon.
Une superstition bien compréhensible nous empêche d’en dire davantage quant au mode opératoire de la restitution du Rayon Vert à la Cathédrale de Strasbourg. L’expédition s’auréole en conséquence d’une forme quelque peu maladroite de mystère. Nous le regrettons. L’obstruction massive des voies de l’imaginaire étant la loi dans nos vieilles sociétés occidentées jusqu’à l’os, un protocole trop strict et arrêté contribuerait cruellement à entraver notre réceptivité aux signes, aux traces mêmes du passage de Jean-Pierre Le Goff en la bonne ville de Strasbourg.