L’alphabet, l’Ordre moins le pouvoir ? Un lieu en tout cas où il nous est encore permis de rêver.
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Grâce à un outil de recherche appliqué au texte de la Recherche, je me suis aperçu que le mot « alphabet » n’apparaît nulle part dans le roman de Proust.
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Je ne saurais dire par quel chemin Alphabetical Africa (1974) de Walter Abish est arrivé dans ma bibliothèque. Le fait que le livre figure dans celle de Georges Perec n’y est sans doute pas pour rien. Surtout, l’Afrique fantôme d’Abish a quelque chose de roussellien ; c’est d’ailleurs parmi mes livres de ou sur Raymond Roussel que je viens de retrouver ce curieux roman dont j’avais oublié à peu près tout.

D’Abish, je ne sais presque rien. J’ai repéré un de ces petits livres, par Sylvie Bauer, dans « Voix américaines » (Belin), collection qui je crois n’existe désormais plus (les volumes consacrées à Kerouac et à Carver sont très bons, dans mon souvenir). Wikipédia me dit que Harold Bloom pensait le plus grand bien d’Abish. La quatrième de couverture d’Alphabetical Africa, à travers un propos élogieux de John Ashbery, place Abish dans le sillage de l’Oulipo, de Queneau, de Perec, d’Harry Matthews, de Roussel.
La contrainte qu’Abish applique à son récit est amusante, mais elle m’interroge davantage au plan de la traduction qu’à celui de la lecture ou de l’écriture de ce texte : Abish écrit son premier chapitre en n’utilisant que des mots commençant par la lettre A, il n’emploie, pour le second chapitre, que des mots commençant par les lettres A et B, etc. jusqu’à Z où il s’autorise tout l’alphabet. Après le vingt-sixième chapitre, le texte redescend, de Z à A, la pente de sa contrainte alphabétique. On va donc d’A en A, comme le nom d’Africa.