
comme
Le mot « comme » est un opérateur de comparaison, mieux encore : de jonction. Le comme est très fréquent chez Albarracin. Le poète de l’image est aussi un poète de la comparaison, du comme.
Peut-être que la comparaison a pour Albarracin un statut supérieur à la métaphore. « L’être est du comme. » (De l’Image). Le travail d’analogie induit par le comme ouvre les choses à elles-mêmes. Le détour analogique est retour aux choses. Ainsi l’auteur d’un lexique albarracinien se doit-il de recourir à l’image pour signifier les choses dont sont faites le poème d’Albarracin. Là où la métaphore fond les termes de l’image entre eux, la comparaison laisse idéalement mijoter cette fusion sous nos yeux. La comparaison est une sorte de tambouille dans la poêle du rêve.
L’arbre n’est-il pas comme une roue
dans l’âge de ses feuilles
ou comme une lourde meule même
au milieu de la farine des temps ?
(« La Branche cachée », Le Secret secret)
Le comme exhibe ici la singulière présence de l’arbre. Le comme est comme à la racine de l’arbre. Il se ramifie selon différents aspects. Signalons trois branches du comme, par où se déploie la frondaison analogique :
Le comme intensif (= combien, comment)
Il y a les miettes
et l’empressement des oiseaux
à comme recoudre le pain
Voyez comme ils se jettent
tout crus dans la pauvreté
(« Les Armes découvertes », Le Secret secret)
Au comme s’ajoutent le comme si et le comme ça. Le premier permet de faire basculer le poème dans l’hypothèse. « Comme si » précipite l’énoncé dans l’hypothétique. Le « comme si » est opérateur de fiction.
Le comme si
Sur les cailloux le ruisseau acquiert
la transparence
comme si la pureté était le sang
de l’eau
et comme si ce qu’elle déchire
s’éclairait
(Le Ruisseau, l’éclair)
Albarracin, lisant Avec l’Enfant de Boris Wolowiec, signale l’ouverture salutaire vers le faux que propose le « comme si » : « Faire comme si, c’est évoluer dans la facticité des faits, qui est autant leur fausseté que leur factualité. » Le « comme ci » permet de prêcher le faux pour obtenir le vrai, mais aussi de faucher le vrai pour aboutir à la chose (cf. le titre du recueil Si étant faux).
Le comme ça
« Comme ça » est peut-être encore plus adéquat pour dire l’évidence de ce qui est, pour dire ce qui en somme n’appartient pas au comme, pour évoquer l’incomparable et le susciter. Ainsi, de la lumière :
La lumière flotte,
Elle flotte suspendue comme ça en l’air
(Explication de la lumière)
oupséité
Terme de Réisophie tardive. Amalgame de l’interjection « oups ! » et de l’ipseitas scolastique. L’être de l’acte manqué, sa réussite involontaire. L’oupséité distingue une chose dans sa dimension accidentelle. Il s’agit de sa part de hasard, de son ratage même. Mise en œuvre distraite du Patatras cosmique (elle contient aussi bien le Cagastrum que l’Iliastrum d’un Paracelse), l’oupséité est un principe dynamique lequel préside à la connaissance adroite maladroite du monde. On dira, pour simplifier, que l’oupséité ouvre la Réisophie à l’inconscient de la chose.
Witz
Le terme allemand de Witz ne fait pas partie du vocabulaire albarracinien, mais il trouve néanmoins sa place dans le présent lexique. Witz, apparenté au wit anglais, comprend le latin videre, « voir ». Mais le Witz est aussi l’expression du savoir, wissen. Selon Philippe Lacoue-Labarthe et Jean-Luc Nancy, le Witz des romantiques allemands relève d’un « savoir-voir immédiat » (L’absolu littéraire) — il y a une semblale immédiateté du regard, mais aussi de l’expression chez Albarracin. Le poème d’Albarracin est une connaissance drolatique, aussi directe que possible de l’objet. L’humour naît souvent du rapprochement cocasse mais juste de deux termes. Le rire nous foudroie. Witz consone alors avec Blitz, l’éclair.
Le Witz est également une pratique réisophique, comme en témoigne le précepte suivant :
Attention à ne pas prendre
La forteresse d’une chose
Autrement qu’à la légère.
(Manuel de Réisophie pratique)