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Rêverie alphabétique, 3/n

Erté, lettre Q

Dans La Disparition, roman dont le chapitrage reprend l’alphabet, il manque le chapitre cinq.

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J’ai relu dernièrement Alphabet de Paul Valéry. C’est prodigieux, needless to say. Sylvia Beach comparait Valéry au personnage de Charlot. La dimension comique de La Jeune Parque m’échappe un peu. Or, il y a une sorte de gentille malice chez Valéry, quelquefois. Alors qu’il est passablement empêtré dans la composition d’Alphabet, il confesse à un ami qu’il « bute sur le Q ». Il bute sur le butt. Que Valéry bloQue ainsi lui confère une dimension humaine, que l’on tend à perdre de vue. La faute à la forme même de ses écrits. L’allergie qu’on peut avoir pour Valéry est scandaleuse mais compréhensible. Alphabet donne en tout cas un début d’accès à l’énigme. De même que L’homme et la coQuille.

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Pour ce qui est de la lettre Q, et de la coquille justement, je ne peux m’empêcher de penser à ce qu’écrivait Boris Vian, après Valéry, autre auteur en V : « Retirez le Q de la coquille : vous avez la couille, et ceci constitue précisément une coquille. […] Et ceci est vrai, que la coquille initiale soit une coquille de coquillage ou une coquille d’imprimerie, bien que la coquille obtenue en fin de réaction soit toujours (à moins de marée extrêmement violente) une coquille d’imprimerie en même temps qu’une couille imprimée. » (Lettre au provéditeur-éditeur sur un problème capital et quelques autres, 8 haha 82 E.P.). Vian illustre ici ce que l’on nomme en imprimerie un bourdon, terme lointainement relié à la coquille de saint Jacques de Compostelle.

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Souvent je pense au Langage tangage de Leiris, ou à son Glossaire j’y serre mes gloses (ce dernier ouvrage est parti en flammes lorsque prit feu le sac à dos d’un ami parti sur le chemin de Compostelle à qui je l’avais prêté).

Rachel a chiné des livres, parmi lesquels Biffures et L’Aleph de Borges. Leiris est un auteur avec qui on ne perd jamais son temps, et qui permet qu’on en gagne beaucoup sans même que l’on s’en rende compte. Il est sans doute l’une des personnalités littéraires les plus importantes du vingtième siècle, encore que sa position fût en retrait (cela ne veut rien dire, « une des personnalités les plus importantes du vingtième siècle », sauf dans le cas de Leiris). La Règle du jeu, dont Biffures constitue le premier volet, est de tout premier ordre. L’impression que procure cette lecture, est ni plus ni moins spéléologique. On a la sensation de découvrir une grotte, une caverne, une mine oubliée. Un peu la même sensation, mais pour des raisons bien différentes, avec le Livre des Questions de Jabès, ouvrage splendidement oublié dont Derrida proposait un très beau commentaire, mais on finira également par oublier Derrida (il n’est pas toujours mauvais, au reste, de passer la pensée au crible de l’oubli), lui qui naguère était omniprésent et dont, raréfiée, la présence désormais s’affirme un peu plus nettement. Avec une urgence plus grande aussi.

Dans le chapitre de Biffures intitulé « Alphabet », Leiris médite notamment sur la lettre Q, et sur la raie de cette lettre même (on ira y voir), ainsi que sur les pâtes en forme d’alphabet, mais il y a bien davantage à tirer des 36 pages de ce chapitre que j’ai pour l’instant du mal à métaboliser ici par écrit. Il convient de laisser infuser, d’y revenir ensuite peut-être.

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« (Stoop) if you are abcedminded, to this claybook, what curios of signs (please stoop), in this allaphbed! » (Finnegans Wake, I.1).

(Poinche) si tu es abcédbête, sur cet argilivre, que curioux ces signes (poinche steuplé), dans ce littéralephbête !

Je ne suis pas mécontent de ma petite traduction de ce passage du Wake, pour Ainsi parlait JJ (Arfuyen). J’ai veillé (cas de le dire) à ce que l’esprit abced d’un alphabet déconnant ainsi que l’alphabêtise pleine d’étourderie ne se détachent sinthomalement pas de L’Étourdit de Lacan, ni de Lituraterre. La moindre des choses. Pas sûr que l’on cherche encore longtemps à devenir les contemporains de Lacan. Quelque chose dont il a ouvert la voie semble y empêcher.

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