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Chasser le kangourou avec Carelman & Albarracin

Jacques Carelman, Catalogue d’objets introuvables

kangourou

Le fusil employé pour la chasse au kangourou est doté d’un canon ondulé. Je montrais un soir cette invention de Jacques Carelman à Laurent, qui en fut autant intrigué qu’hilare. Le canon « à la forme très étudiée » — en sinusoïde — mime pour ainsi dire le bond de l’animal, la trajectoire supposée de sa fuite. Le fusil à kangourou entre dans un rapport tautologique et rêveur à sa cible. La chose s’identifie à son emploi. Le fusil à kangourou cratylise le kangourou. Le fusil à kangourou comprend le bond du kangourou.

Faut-il rappeler que l’image poétique procède justement par bonds ? «  Le saut de la métaphore est catégorique, non pas seulement catégoriel. Il n’arrête pas de sauter en quelque sorte. Il est ce saut qu’il est de lui. Un paradoxe ne s’arrête pas au paradoxe qu’il est. Il file loin. L’image forte est souvent une figure impossible, impossible mais bel et bien figurée. C’est que l’impossible fait constamment le grand écart au dessus de l’impossible. » (De l’image).  

Fruit étymologique d’un caprice hennissant, le kangourou vient bondir dans cet herbier sans raison apparente. On l’aperçoit nonobstant en bande dans La Boîte à proverbes : « Les vagues déferlent comme des kangourous boxés à la queue-leu-leu. »

À l’énigme réisophique sans doute apocryphe portant (à gauche, tel un gymnaste) sur la place du kangourou, on a longtemps été tenté de répondre qu’il se glisse dans la poche d’un dessous masculin plutôt passé de mode.

voir : animal, humour, impossible

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