Non classé

Parle à mon univers, ma tête est malade (notes sur Pessoa, 7; PPL, 19)

Une fois n’est pas coutume, les séries entamées sur le présent blogue se croisent : mes remarques portant sur Pessoa touchent mes ruminations sur cette forme ou notion mal délinéée que je nomme prose libre. Je ne pense pas arriver à quoi que ce soit, au plan théorique. Non que j’estime m’être engagé dans une impasse. Simplement, et tout au contraire : aboutir est le cadet de mes soucis. Cette note sera brève.

Pessoa estime que le jeu hétéronymique est plus aisé dans la poésie que dans la prose. « En prose il est plus difficile de se faire autre. » (« Em prosa é mais difícil de se outra.« ) Tout se passe comme si la prose collait davantage à l’être; ma grammaire intime devenant la prose de mon monde : « Je suis, dans une grande mesure, la prose même que j’écris. Je me déroule en phrases et en paragraphes, je me ponctue. » (§193 : « Sou, em grande parte, a mesma prosa que escrevo. Desenrolo-me em períodos e parágrafos, faço-me pontuações […] »). Il convient de souligner que ce n’est qu’em grande parte que cette affirmation s’applique à Soares : la manière sincère insincère dont la personnalité est amenée à fuir et à se diffracter dans l’intranquillité ne saurait se résumer à une heureuse formule.

Sincère insincère. Relisant La Promenade de Robert Walser, texte qui se prolonge assez aisément jusqu’à la Baixa de Bernardo Soares, je m’interroge quant à la sincérité de cette narration. Elle est très joueuse, non dénuée de variations. Et le point d’ironie en est quelquefois difficile à cerner. Contrairement au Livre de l’Intranquillité, où l’énonciation, quand bien même brisée, ne fluctue pas, ne se fait pas autre, même si le jeu vertigineux (et un peu lassant) sur moi et les autres anime et motive l’écriture. Tant et si bien que la question de la sincérité semble presque hors de propos dans cette prose moins singulière que terriblement unie.

Laisser un commentaire