
souvenir épiphanique de Joyce tôt
le matin sur un quai de gare
en rase
campagne (y pousse
de l’herbe entre les craque
lures du bitume
dessous les bancs incommodes
tu as le soleil dans le dos c’est mercredi
et tu descends songeur
rêvant à telle photo de lui
montant dans un taxi
(il est comme sur un quai
rive droite
il embarque))
épiphanique oui
encore que —
bien sûr que le mot est galvaudé
c’est ce souvenir-photo qui fait épiphanie
(ou bien les brins d’herbe entre les craque
lures du bitume
illuminés par l’or du soleil au matin)
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Il convient d’arrêter la notation ici. Le fait de noter, déjà, déforme la sensation, informe le phénomène de la sensation. Je garderai donc cette micro-révélation pour moi. Pour ce qu’elle vaut. Je poétisais. Et plutôt consciemment. En écrivant, par exemple, que dis-je en composant ! : « craque/ lure ». Il y avait là velléité de poésie plutôt que poème. Sans rien dire de cette pente qui est la mienne, celle de l’explication, dans l’exécution même des choses, y compris et peut-être surtout lorsque celles-ci touchent, lointainement, au poème. Et puis, j’exploitais vaguement une amphibologie, dès la deuxième ligne (je n’ose pas dire vers). Raté, donc.
— Alors pourquoi publier cela sur icelui blogue?
— Pour éclairer mes 5 700 lecteurs quotidiens (estimation basse) sur le fait que le poème est encadré de non-poésie, par essence menacé par elle. Car cette non-poésie infiltre la poésie même, ou plutôt : elle envahit le désir du poème. Ce n’est qu’une sombre et grandiose envie de toc. Oh ! on en a fait des livres quelquefois (estimation basse). Cela fait partie du grand complot bien sûr, lequel consiste à encombrer la poésie par son simulacre même.
— Haine de la poésie?
— Soin du poème.
Très belle, non, sensible plutôt, sensible approche ontologique de la poésie.