
Discours prononcé lors de l’inauguration du fonds littéraire de la bibliothèque de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, à Palerme, le 10 avril 2026 (version française ci-après)
Una domenica ventosa di inizio ottobre a Palermo. Di ritorno dal cinema, ci siamo raccolti in silenzio, la duchessa Nicoletta Lanza Tomasi ed io, davanti ai resti di Giuseppe Tomasi di Lampedusa, ormai traslati nella Chiesa di San Domenico. Era l’ora della Messa.
Accanto al monumento sul quale è incisa la frase iniziale del Gattopardo, la fine del Rosario, abbiamo fatto allo scrittore la promessa solenne di rimettere in ordine la sua biblioteca letteraria. Nunc et in hora mortis nostrae. Amen.
Alcune migliaia di libri depositati nel palazzo che fu di Tomasi di Lampedusa, lasciati lì da più di 40 anni, stavano infatti attendendo che giungesse il tempo per identificarli, separarli da opere provenienti da altri fondi, alle quali erano stati mescolati nel corso della loro caotica storia.
Non saprei dire se si tratti del fantasma di Lampedusa o quello del suo figlio adottivo, il duca Gioacchino Lanza Tomasi, quello che si incrocia oggi nel palazzo al numero 28 di via Butera. Mi rifiuto di decidere. I libri dell’uno sono diventati quelli dell’altro. Avevano letto insieme Lorca, Lope de Vega, Gramsci, tanti altri. Era accaduto, più tardi, che “Gioitto”, o Tancredi se si preferisce, musicologo insigne che aveva il suo studio proprio accanto all’ipogeo dove erano conservati i libri di letteratura, arte e filosofia appartenuti a Lampedusa, avesse preso a prestito senza restituirla — era in fondo un suo diritto — qualche opera dalla biblioteca di Giuseppe: la vita di Nijinski dalla sua sposa, il libro di Schuré su Wagner. Ma c’era un bibliotecario improvvisato che si era messo in testa di restituire al Principe ciò che gli apparteneva.
Ricordo bene il momento in cui ho ritrovato i volumi de À la recherche du temps perdu di Marcel Proust, appartenuti a Lampedusa. Era il 24 luglio 2024, nell’ipogeo di Palazzo Lanza Tomasi. Avevo riesumato i due ultimi volumi del grande ciclo romanzesco di Proust, Le temps retrouvé, nell’edizione originale della Nouvelle Revue Française del 1927. Recavano la firma di Giuseppe, non ancora Principe di Lampedusa, seguita dal luogo e dalla data: “Giuseppe Tomasi di Palma / Roma – Dicembre 1927”.
Lampedusa annotava poco i suoi libri, tuttavia aveva segnato a matita blu sul margine sinistro della pagina un brano del secondo volume de Le temps retrouvé. È celeberrimo: “L’opera dello scrittore non è che uno strumento ottico che egli offre al lettore al fine di permettergli di discernere ciò che senza quel libro, non sarebbe forse stato visto in sé stesso”. Un libro, secondo Proust, è unostrumento di rivelazione, ed egli reputa che si tratti di uno “strumento ottico” che permette insomma al lettore di leggere dentro il libro di sé stesso.
Sempre nel Temps retrouvé, l’io narrante del romanzo di Proust dice di essersi servito nontanto di un microscopio bensì di un telescopio per concepire questo grande libro. “Anche chi fu favorevole alla mia percezione delle verità che intendevo incidere nel tempio si rallegrò che le avessi scoperte ‘al microscopio’, quando era invece di un telescopio che m’ero servito per scorgere cose piccolissime, è vero, ma per il fatto di essere situate a una grande distanza, e ciascuna delle quali era un mondo.” Il bisnipote dell’Astronomo dev’essere stato senza dubbio colpito da questa osservazione. Concepire un libro attraverso un telescopio: ecco l’idea che, in un momento o nell’altro, deve aver sfiorato la mente dello scrittore che si era prefissato di scrivere quella “Histoire sans nom” che sarebbe diventata Il Gattopardo.
Nel Temps retrouvé la rivelazione ha luogo nella biblioteca del Principe di Guermantes. L’io narrante di Proust dice di avere il progetto di un libro “lungo da scrivere”, paragonabile tanto ai Mémoires di Saint-Simon quanto alle Mille e una notte. È commovente sapere che Lampedusa possedeva diverse edizioni dei Mémoires di Saint-Simon, e anche un’edizione delle Mille e una notte pubblicata da Einaudi nel 1949. Tutti questi volumi si trovano ora qui al piano nobile del palazzo. Il fondo letterario che inauguriamo oggi, composto da 2800 volumi, si aggiunge alla biblioteca storica che ne conta quasi altrettanti. Così come alla fine del Temps retrouvé, in questa biblioteca anch’essa ritrovata siamo forse ormai anche noi in grado, se non di avere una rivelazione come nella Recherche, almeno di sognare — ed è un sogno unico e straordinario — questo altro grande romanzo che è Il Gattopardo di Tomasi di Lampedusa.
(Nicoletta Polo trad.)
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Un dimanche venteux de début octobre à Palerme. De retour du cinéma, nous nous sommes recueillis, la duchesse Nicoletta Polo Lanza Tomasi et moi-même, devant les restes de Giuseppe, qui sont désormais à l’église de San Domenico. C’était l’heure de la messe.
Nous tenant tout à côté du monument funéraire où figurent les mots de la fin du Rosaire sur lesquels s’ouvre Le Guépard, nous fîmes à l’écrivain la promesse solennelle de remettre sa bibliothèque en ordre. Nunc et in hora mortis nostrae. Amen.
Quelques milliers de livres entreposés dans le palais qui fut celui de Lampedusa, laissés là en souffrance depuis plus de quarante ans, étaient en effet dans l’attente qu’on leur accorde du temps pour les identifier, les séparer d’ouvrages appartenant à d’autres fonds, auxquels ils avaient été mélangés tout au long de leur histoire chaotique.
On ne saurait trop dire s’il s’agit du fantôme de Lampedusa ou de celui de son fils adoptif, le duc Gioacchino Lanza Tomasi, que l’on croise aujourd’hui au palazzo du 28 de la via Butera. Je refuse de décider. Les livres de l’un devinrent ceux de l’autre. Ils avaient lu ensemble Lorca, Lope de Vega, Gramsci, tant d’autres. Il arriverait, plus tard, que « Gioitto », Tancredi si l’on préfère, musicologue émérite qui avait son bureau tout à côté de l’hypogée où étaient conservés les livres de littérature, d’art et de philosophie ayant appartenu à Lampedusa, aille emprunter sans les rendre — c’était son droit — des ouvrages à la bibliothèque de Giuseppe : la vie de Nijinski par son épouse, le livre de Schuré sur Wagner. Mais il y avait un bibliothécaire improvisé qui s’était mis en tête de restituer au Prince ce qui lui appartient.
Je me souviens très bien du moment où j’ai retrouvé les volumes d’À la Recherche du Temps perdu de Marcel Proust ayant appartenu à Lampedusa. C’était le 26 juillet 2024, ici-même, dans l’hypogée du palais Lanza Tomasi. J’exhumais notamment les deux derniers volumes du grand cycle romanesque de Proust, à savoir, ceux du Temps retrouvé, dans l’édition originale de la Nouvelle revue française de 1927. Ils portaient la signature de Giuseppe, qui n’était pas encore Prince de Lampedusa, suivie d’un lieu et d’une date : « Giuseppe Tomasi di Palma/ Roma-Dicembre 1927 ».
Lampedusa annotait peu ses ouvrages, mais un passage du volume second du Temps retrouvé a néanmoins été marqué dans la marge de gauche au crayon bleu. Il est très célèbre : « L’ouvrage de l’écrivain n’est qu’une espèce d’instrument optique qu’il offre au lecteur afin de lui permettre de discerner ce que sans ce livre, il n’eût peut-être pas vu en soi-même. » Un livre, selon Proust, est un instrument de révélation, et il estime qu’il s’agit d’un « instrument optique » qui permet en somme que le lecteur puisse lire au livre de lui-même.
Toujours dans Le Temps retrouvé, le narrateur du roman de Proust dit s’être servi non d’un microscope mais d’un télescope pour concevoir ce grand livre : « … ceux qui furent favorables à ma perception des vérités […], me félicitèrent de les avoir découvertes au “microscopeˮ, quand je m’étais au contraire servi d’un télescope pour apercevoir des choses, très petites en effet, mais parce qu’elles étaient situées à une grande distance, et qui étaient chacune un monde. » L’arrière-petit-fils de l’Astronome a sans doute été sensible à cette remarque. Concevoir un livre à travers un télescope, voilà une idée qui a pu effleurer l’esprit, à un moment où à un autre, de l’écrivain qui s’était mis en tête d’écrire cette « histoire sans nom » qui deviendrait Le Guépard.
Dans Le Temps retrouvé, la révélation a lieu dans la bibliothèque du prince de Guermantes. Le narrateur de Proust dit avoir un projet de livre « long à écrire », qui serait comparable aussi bien aux Mémoires de Saint-Simon qu’aux Mille et une nuits. Il est émouvant de savoir que Lampedusa disposait de différentes éditions des Mémoires de Saint-Simon, mais aussi d’une édition en quatre volumes des Mille et une nuits parue chez Einaudi en 1949. Tous ces volumes se trouvent à présent au piano nobile du palais. Le fonds littéraire, que nous inaugurons aujourd’hui, qui comprend 2 800 volumes, s’ajoute à la biblioteca storica, qui en compte presque autant. Peut-être sommes-nous désormais en mesure, comme à la fin du Temps retrouvé de Proust, dans cette bibliothèque elle aussi retrouvée, d’avoir sinon une révélation de l’ordre de celle qui préside à La Recherche du temps perdu, tout du moins de rêver — et c’est un rêve unique et extraordinaire — à cet autre grand roman qu’est Le Guépard de Giuseppe Tomasi di Lampedusa.