
Initialement parue en 1963, l’étude que Michel Foucault consacrait à Raymond Roussel, dont on a pu dire qu’elle est le plus beau livre de Foucault, avait fait l’objet d’une réédition en « Folio essais » (n° 205), avec une présentation de Pierre Macherey. Voici le Raymond Roussel à nouveau disponible, dans la collection « Tel », toujours chez Gallimard, nanti de la présentation de Macherey.
Mais il y a mieux. Nouvelles Impressions d’Afrique, texte-limite, connaît une réédition fort agréable. Un texte mythique décrypté pour la première fois. C’est ce qu’on peut lire sur la couverture de ces nouvelles Nouvelles Impressions d’Afrique aux éditions des Feuillantines.
Décrypté? C’est beaucoup dire. Mais, oui, cette édition en grand format du dernier livre anthume de Roussel s’accompagnée des essais de son premier décrypteur, Jean Ferry. Ces textes, dont l’un d’entre eux avait été préfacé par André Breton, sont devenus depuis longtemps introuvables. Ferry fut, donc, le premier exégète de Roussel, et il reste très drôle à lire. Car l’inégalable Ferry sait prendre l’œuvre de Roussel très au sérieux sans se prendre lui-même au sérieux.
Le geste qui consiste à rééditer Nouvelles Impressions d’Afrique intégralement — i.e. avec les illustrations d’Henri-Achille Zo ainsi que le long poème L’Âme de Victor Hugo, comme parut l’ouvrage en 1932 — en y adjoignant les études de Ferry est pour le moins salubre. On se réjouit qu’une pareille chose puisse encore être possible.

Hervé Lavergne donne une introduction fort efficace à ce grand livre impossible, non sans évoquer l’ensemble de l’œuvre de Roussel. Il a également soin de présenter l’inégalable travail de Ferry. En 46 pages, l’essentiel est dit en termes très clairs au sujet de l’énigme roussellienne. « ROUSSEL – RÉSOLU restera à jamais une anagramme bancale, et les amateurs de jeux de mots et de lettres, parmi lesquels se comptent rousselliens et rousselâtres en seront pour leurs efforts. Mais que de choses belles et étranges ils auront entrevues, pour leur plus grand plaisir. » Précieuses également sont les notes biographiques d’Olivier Barrot et de Guy Saigne, procurées en appendices, consacrées respectivement à Jean Ferry et à H.-A. Zo, auxquelles s’ajoutent une note additionnelle de Maxime Perret où il est notamment question de Balzac.
Ce très grand format, avec ses larges marges, constitue un idéal instrument de travail. Un support de rêverie également. Il agit comme un démultiplicateur de l’énigme toute de clarté qui est celle de Roussel; il donne à voir autant qu’à lire cet ahurissant mystère lavé de tout secret. Mon très grand chagrin est ne n’avoir pas le livret détachable, glissé sous le dernier rabat du livre, reproduisant les 4 chants des Nouvelles Impressions d’Afrique, avec ses 1 274 numérotés par Jean Ferry. Celui-ci ayant été barboté, qui sait? par quelque rousselâtre. Je lui souhaite bien du plaisir.
Il voulait la gloire, il l’a eue. Il l’a perdue, il la retrouvera. Elle n’est pas de ce temps. C’est trop tôt.
Lorsqu’on ne fera plus de romans, de films, de musique, de peinture pour le divertissement des ordinateurs électroniques, lorsque viendra le temps des merveilles, Roussel reviendra avec lui, tout normalement.
Veillons sur la momie chantante, entretenons-la en bon état de marche, mais ne l’exposons pas sur la place.
Lisons Roussel, ne le prêtons pas. On ne nous le rendrait pas en bon état.
(Jean Ferry)
De Jean Ferry, signalons également L’Afrique des Impressions. Petit guide pratique à l’usage du voyageur, Collège de ‘Pataphysique XCV, ouvrage achevé d’imprimer en la fête de S. Canterel l’Illuminateur, le 13 Absolu XCV E.P. C’est également par ce livre que peuvent s’ouvrir les portes du Grand Rêve.