
Fun House, des Stooges. Iggy chante comme un peintre expressionniste applique sa couleur sur la toile, directement au couteau, quitte à se couper ou à nous couper. « Do you feel it when you cut me…? »
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Métaphysique du gadget. Nouvelle auto dont je viens de faire l’acquisition, nantie de mille et un voyants et autres agréables sophistications, dont des rétroviseurs qui se replient une fois le contact coupé.
« Je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant. »
Voyant d’huile qui me met en panique. Je remets le niveau, mais le témoin électronique s’obstine à clignoter.
Je ne sais pas lire de jauge. Cela doit être ça. Je suis assujetti à ce voyant, qui m’obsède, alors même que le niveau est idéalement entre min et max. Je doute. Je rajoute de l’huile pour que le voyant cesse de clignoter. Il clignote encore.
Le gadget comme manifestation potentiellement maléfique de la tékhnē.
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Brendan Behan disait un jour être un alcoolique qui avait des problèmes d’écriture. Je garde comme une relique la dernière bouteille de vodka qu’a bue J., dans ma bibliothèque, non loin des poètes du Grand Jeu. J. dont le métier consistait à vendre de l’eau. Non à la boire.
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La voix d’Iggy, une « parole d’avant les mots », qui travaille le Logos dans une sorte de théâtre de la cruauté.
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Le voyant a cessé de clignoter, et la voiture roule très bien. À la radio, on parle d’un virus venu d’un paquebot. Le patient zéro, tout ça. Je remets Fun House.
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Le vrai courage intellectuel serait de ne plus consulter les réseaux sociaux. Mais ce serait dommage de se priver des piles à lire (aka pàl) des bookstagrammeuxeuses invariablement disposées sur un fond de bois, souvent le parquet d’un tout petit appartement dans une grande ville de France, qui ne sont pas sans nous rappeler que les livres sont des biens de consommation comme les autres que la Khultchure reste une chose noble.
Pareillement, il conviendrait de vivre avec son temps et d’accepter une mauvaise fois pour toutes que la critique aussi bien littéraire, artistique, cinématographique que culinaire ne peut décemment plus être considérée comme une expression journalistique. Tout juste un peu de prurit publicitaire sur la couenne du spectacle, de l’universel simulacre, dans le grand, monotone bavardage. Résister à cela, en lisant, par exemple, la correspondance d’Emilio Cecchi et Mario Praz, excellemment éditée par Francesca Bianca Crucitto Ullrich chez Adelphi.
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Publier un article un brin pointu dans une revue dite papier auxquelles même les bibliothèques universitaires ne s’abonnent plus, pour en photographier un passage saisissant et le diffuser sur les réseaux. Merci pour le partage.
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Composer ce zibaldone, à partir de notes prises dans tes carnets, de tes échanges whatsappeux, et le publier en ligne.
Dire tu, et revenir au je, sans trop faire attention. Je tâcherai de mesurer les résultats de ta pratique un peu plus tard.
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Peut-être ai-je mis trop d’huile. Qui pis est de la 10w-40 au lieu de l’idoine 0w-40. Crainte d’encrasser le moteur maintenant.
Ce n’était qu’une toute petite quantité d’huile. Juste assez pour que le voyant ne clignote plus.
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Curieuse image dialectique : un avion militaire passe au-dessus d’une cour de récré. Cela me rappelle l’époque de la guerre Iran-Irak, où l’on voyait effectivement de très près le ventre des avions quand ils nous survolaient.
Opérations militaires spéciales, et non la guerre.