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Actualité de Gerard Manley Hopkins

« Paraître l’étranger, tel est mon lot, ma vie ». Ce vers de Gerard Manley Hopkins (1844-1889) semble résumer son destin. Poète non publié de son vivant, inconnu sauf de quelques-uns et soumis, en tant que jésuite, à la discipline et à la censure de son ordre, tout l’empêchait de partager ses dons intellectuels uniques avec les autres, lui qui aspirait pourtant à « faire de la parole, à chaque instant, un acte de relation ». Son œuvre a obtenu après sa mort l’admiration qu’elle méritait et Hopkins est considéré à juste titre comme l’un des fondateurs de la poésie anglaise moderne. Personne n’avait encore fait de la langue ce qu’il a réussi à faire. « Sa poésie a l’effet de veines d’or pur enchâssées dans des blocs de quartz imprévisibles » avait observé son contemporain Coventry Patmore. La force rythmique et la nouveauté disruptive des vers de Hopkins ont le pouvoir de modifier notre regard et de nous faire ressentir toute chose dans sa fraîcheur flamboyante et son absolue singularité. Ses poèmes sont empreints de tendresse envers la terre, notre fragile humanité et toutes les créatures : la colombe, le faucon crécerelle, l’alouette, les « roses grains de beauté de la truite qui nage »… Il voue la même délicate attention à l’observation et à la description du ciel et des nuages, comme si le poète et le météorologue ne faisaient qu’un. Sensible à la condition des classes laborieuses, radical dans sa critique des obscurantismes sociaux, Hopkins nous surprend aussi par l’écologie du poème qui fait buissonner son écriture, notamment quand il déplore la destruction du paysage dans lequel il vit et qu’il explore avec un amour scrupuleux, plaidant pour « Que vivent encore longtemps herbes folles et lieux sauvages ».

J’ai eu, avec l’inestimable complicité de Jean-Baptiste Para, la joie et l’honneur de diriger un dossier consacré à Gerard Manley Hopkins dans la revue Europe (mai 2023). Il s’accompagne d’un dossier consacré à Stig Dagerman. Articles, pour Hokins, de Luis Cernuda, Claude Dourguin, Adrian Grafe, Jonathan Pollock, Jean-Paul Michel, Marc Porée, Auxeméry, Pierre Vinclair, François Laroque, Ivar Ch’vavar, Jean-Louis Jacquier-Roux et de Michèle Finck. On en trouvera le sommaire détaillé ici.

Il s’est agi de placer Hopkins sur le triangle pensée-poésie-traduction. François Laroque, qui a dirigé l’important dossier consacré à Shakespeare (Europe, avril 2023) propose une traduction nouvelle du poème Binsley Poplars, commentée par lui pour l’occasion. Ivar Ch’Vavar a exhumé sa traduction de The Wreck of the Deutschland (initialement parue dans Le Jardin Ouvrier). Auxeméry et Pierre Vinclair méditent sur L’Oxford de Duns Scot (il en sort une traduction à quatre mains) et Vinclair a retraduit la série des sonnets terribles. Vinclair vient d’ailleurs de faire paraître Le Chaos en 14 vers, une anthologie bilingue du sonnet anglais (éditions Lurlure). Hopkins y tient une place de choix, non loin de Shakespeare, John Donne ou encore d’Elizabeth Browning, entre autres.

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