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Ostinato brisé (Agostino)

Lire Agostino de Moravia le jour de la fête des mères, et se souvenir du « Nother dying come home father » chez Joyce alors qu’un monsieur portant un T-shirt où est inscrit « Labyrinth of Bloom » vient de s’asseoir, juste en face de toi dans le tram, décidément, cela fait beaucoup d’un coup, les signes débordent, t’émouvoir de la justesse de Moravia dans son analyse psychologique, mais aussi dans la précision de son écriture, même en traduction : « Il lui fallait, en guise de contrepoison, interposer au plus vite entre sa mère et lui l’image d’une autre femme vers laquelle il pourrait tourner tout au moins ses pensées, sinon ses regards. Cette image, qui ferait écran à la nudité de sa mère, la dépouillerait de sa féminité, lui rendrait son ancien caractère purement maternel, une des femmes de la maison de la place la lui fournirait. », car tu n’es pas de ceux, un peu niais et péremptoires qui avancent qu’une traduction sera toujours moins bonne que l’original (sont-ils allés y voir ?), les mêmes qui trouvent que les traductions de Poe par Baudelaire sont superbes, celles de Marcowicz insurpassables (or, l’insurpassable, un peu de sérieux, l’insurpassable est précisément ce que nie la poétique de la traduction, toute traduction qui se respecte, sinon ce serait vraiment à désespérer de tout), écrire tout cela dans un carnet, installé dans un PMU où pérore un type con comme un manche et passablement aviné, franchement torché on peut le dire, lequel a garé sa trottinette électrique carrément dans le bar, il a déplié la petite béquille, là, comme ça, et il a laissé son pathétique engin au milieu de la salle, reposant sur cet appendice ridicule, avant de fort virilement s’enfiler un ricard avec son short quasi à mi-cul dévoilant éhontément ridiculement son sif, et puis les commémorations, fêtes, festivités, festivals en tous genres, tu as toujours trouvé cela suspect, au point que cette fois-ci, la première fois en dix ans, tu ne te rendras pas place Saint-Sulpice, parce qu’une fatigue se fait ressentir quant à cela, à cette écume qui se voudrait de la vague, de même que, c’est ta rengaine en ce moment, le nouveau lyrisme de la scène poétique (sic) actuelle est largement nourri par un narcissisme banal et tellement peu nourrissant, qui te donne à penser que ce n’est résolument pas de cette manière que tu aimes à te mouiller dans le poème —

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