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Définition de définition & le mot mot pour Albarracin

définition

Comme il est écrit dans la Postface aux choses (Le Grand Chosier) : « Le cœur de la chose est sa définition. » ; « la chose fait bloc autour du tendre germe de sa définition ». Certains poèmes d’Albarracin sont en effet des tentatives de définition, ou plutôt d’explication (cf. Explication de la lumière). Expliquer le monde, c’est le déplier. L’image déploie le monde. Elle sert à expliquer, à désintriquer, à rendre l’évidence plus manifestement manifeste, obvie. Elle participe d’une vaste leçon de choses. Elle vise à définir les choses, nous les donnant à voir, de la manière dont elles vont :

Ce qui va d’un pas comme heurté d’une canne
Définitoire, tâtonnante et redoublante,
Comme si la mesure de tout emplissait tout
Et que tout était tout à fait plein de sa jauge.

(Le Grand Chosier)

Les mots souvent s’épuisent ou se diluent dans leur définition, ou bien est-ce le contraire ? La définition n’est-elle pas noyable à merci dans les mots ? Il en va ainsi, on le voit, de la définition, mi dilution mi noyade du poisson, que je risque ici du mot « définition ».

mot


« Arracher le mot et faire venir la motte avec. »
(rite réisophique)


Comme il est écrit dans Résolutions, « ce que le mot dit, il le fait. » La performativité du langage poétique (cf. J. L. Austin, Quand dire, c’est faire), son efficace même, fait souvent du mot l’objet du poème, quitte à le chosifier. Il arrive qu’Albarracin, cousin en cela de Jean-Pierre Brisset ou de Jules Hermann, se laisse aller à rêver sur la forme des mots et des noms, sur leur son, élaborant une sorte de paréidolie à partir des mots. Albarracin est aussi bien un chantourneur dans la langue. Il y découpe des motifs subtils. Il œuvre dans ce que les Réisophes dans leur Manuel nomment « la grande menuiserie du monde ».

Le mot désigne et contient. L’araignée est contenue dans le mot « araignée ». Ce qui sert à nommer la chose est aussi une sorte de forme pour elle.

L’araignée a dans son nom
quelque chose de l’araignée
où elle est prise et se débat
à l’arrêt bientôt saignée
prisonnière des rets de sa nasale palatale
reine recluse en son palais argenté
comme si son nom faisait mouche en elle
et dans sa forme encore elle a
un piège qui se referme sur elle
elle qui est au centre de ses pattes
comme une tête manipulée
comme une proie articulée.


(Fabulaux)


Tout se passe comme si les mots venaient mouler les choses. Le mot n’est alors que l’image, le négatif des choses. Le mot comme moulure de la chose. En jouant sur les mots (et donc sur les choses), on dira que les choses sont moulues dans le moule des mots. À trop vouloir saisir les choses par les mots, on n’en récolte que la poudre.

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