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Notes sur la nuit selon Joyce

Book of the Dark

Le livre de John Bishop, Joyce’s Book of the Dark (1986), reste un ouvrage vers lequel j’aime à me tourner lorsqu’il s’agit de méditer sur Finnegans Wake. Bishop prend la nuit de Joyce au sérieux. C’est aussi un livre très visuel, comprenant de nombreuses cartes et autres schémas. Bishop relit la Scienza nuova de Vico à travers le Wake au chapitre 7, et me donne envie de me replonger dans Vico. Le chapitre suivant (« Meoptics ») est peut-être encore plus vertigineux. Il s’agit de visiter le fond de l’œil de Joyce, schémas à l’appui. Car Joyce nous parle de l’état de ses yeux dans Finnegans Wake.

Derrida, La Veilleuse

J’ai déjà parlé, ici-même, de James Joyce ou l’écriture matricide, que je tiens pour un essai magistral consacré à Joyce, et, plus largement, pour une très belle introspection quant au fait de lire Joyce.

« On n’en finit jamais de tuer le deuil car il parle une langue de nuit. »

Dans sa réédition chez Circé, James Joyce ou l’écriture matricide est précédé d’un essai de Derrida, La Veilleuse. Je le trouve très beau. Il doit se lire en résonance avec les autres textes de Derrida consacrés à Joyce.

Chien et loup

Dans les souvenirs de Jacques Mercanton, Joyce emploie l’expression française « entre chien et loup ».

Cette expression doit figurer quelque part dans le Wake. J’ai vérifié : elle n’apparaît pas telle quelle, en français. Peut-être que Joyce l’a traduite, mais en quelle langue? Peut-être, à partir de cette traduction, a-t-il opéré une déformation, s’est-il laissé aller à une réécriture personnelle. « Entre chien et loup » devenant littéralement « tra cane e lupo » en italien, que je reprends en français littéralement : « entre canne et loupe », ou bien que je transforme à l’oreille « Tracas née Loupot ». Pourquoi pas? « Missus Tracas née Loupot » pourrait bien apparaître quelque part dans la lettre d’Anna Livia (FW 104-107).

Dire que l’expression (ou que quoi que ce soit) n’apparaît pas dans le texte revient surtout à dire qu’on ne distingue pas avec certitude cette expression dans le Wake, elle est laissée dans un chien et loup justement, ou alors enfouie plus profondément dans la nuit des mots.

Hymnen an die Nacht

Je ne trouve pas trace de Novalis dans le Wake, ce qui ne laisse pas de m’étonner.

Lucia

Toujours très ému, lorsque je relis la préface de Philippe Lavergne à Finnegans Wake, qui termine sur une lettre de Lucia à son père :

Qui sait ce que nous réserve le destin? En tout cas, bien que la vie semble pleine de lumière ce soir ici, si jamais je m’en vais, ce sera pour un pays qui par un côté t’appartiendrait, n’est-il pas vrai, Père?

Je me souviens avoir fait l’acquisition de mon édition française de Finnegans Wake à la Fnac de Strasbourg, où Joyce a passé une nuit en septembre 1928.

Jerusalem

Lucia est très présente dans le livre III de Jerusalem d’Alan Moore, dans le chapitre intitulé « Round the Bend », composé dans une langue digne de Finnegans Wake. [Wordpress a planté pendant une bonne minute, ne m’offrant qu’une page noire, elle aussi digne du Wake]

Bon a ventura?

Describe her! Hustle along, why can’t you? Spitz on the iern while it’s hot. I wouldn’t miss her for irthing on nerthe. Not for the lucre of lomba strait. Oceans of Gaud, I mosel hear that! Ogowe presta! Leste, before Julia sees her! Ishekarry and washemeskad, the carishy caratimaney? Whole lady fair? Duodecimoroon? Bon a ventura? Malagassy? What had she on, the liddel oud oddity? How much did she scallop, harness and weights? Here she is, Amnisty Ann! Call her calamity electrifies man. (FW 207. 21-28, mise en gras de mon fait)

S’agit-il de saint Bonaventure, ou de Bonaventura, l’auteur des Veilles? Les deux semblent convenir. Le premier parle notamment d’une connaissance du soir, cognitio vespertina. Les Veilles du second sont au nombre de 16, comme les veilles dans le Wake.

Adaline Glasheen, dans son Third Census, évoque saint Bonaventure pour « Bon a ventura », mais ne parle pas de Bonaventura. James S. Atherton, dans The Books at the Wake, ne mentionne aucun des deux. Ce qui ne veut pas dire que ni saint Bonaventure ni le mystérieux Bonaventura ne soit mentionné dans Finnegans Wake.

Il peut aussi (et très vraisemblablement) être question de la rivière Bonaventure au Canada. D’autres rivières coulent dans ce passage : la Moselle, la Nerthe, etc.

Mais tout cela ne m’explique pas l’orthographe, en trois mots, « Bon a ventura? », ni la forme interrogative, ni rien au fond.

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