Terminator

Skynet, une intelligence artificielle basée sur les réseaux neuronaux, accède à la conscience à 2:14 du matin (heure de New-York), le 29 août 1997, nous explique Arnold Schwarzenegger avec son accent autrichien dans Terminator 2.
Je m’aperçois, à l’instant, qu’Arte diffuse en ce moment un documentaire sur Terminator et nos peurs liées au paradigme de la machine qui prendrait le dessus sur l’humanité. Tout est raccord, algorithmé, cohérent, carcéral et sans grande surprise. À l’alarmisme, aux angoisses répondent des objets culturels parégoriques dorlotants sur mesure exactement au moment où l’on en a besoin. Arte propose aussi un documentaire sur Matrix.
Science et patience,
Le supplice est sûr.
Fête de l’IA

Lors de la Fête de l’Huma 2026, on a déployé une grande image, manifestement générée par IA. On pourrait s’adonner à l’étude sémiotique de cette chose, si on en avait vraiment le cœur.
Écrivez de la poésie
Il y a une vidéo préoccupante qui tournait beaucoup sur les réseaux, la semaine dernière. Ou il y a deux semaines, je ne sais plus. On a presque déjà oublié. Le temps passe vite. Une horreur en chasse une autre.
Nathaniel Soares, spécialiste en IA qui nous avertit depuis longtemps sur la menace existentielle que fait planer cette technologie, rappelle une blague tristement connue dans la Silicon Valley. La voici. Lorsqu’une personne quitte un poste ordinaire lié à la tech, celle-ci dit : « J’ai passé de bons moments ici et il est temps pour moi de passer au défi suivant. » Mais, désormais, lorsqu’un spécialiste en intelligence artificielle démissionne de son poste, il dit : « J’ai regardé au fond de l’abîme [I have stared into the abyss]. Je vous quitte pour écrire de la poésie (rires de l’auditoire). Je vous en prie, passez du temps avec votre famille (rires). »

Démissionner d’un poste très bien payé, après avoir vu au fond de la gueule du monstre, pour écrire de la poésie. Très bien. Rires de l’auditoire. I have stared into the abyss. On pensera peut-être, puisqu’il est question de poésie, à la formule fameuse de Baudelaire :
Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe?
Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau!
C’est plutôt un Blick ins Chaos, façon Hermann Hesse, accompagné, bien entendu, des rires de l’auditoire. Tout se rejoue toujours déjà comme farce (la seule chose vraiment sérieuse étant la valorisation des actions IA en bourse). Des internautes n’ont pas manqué d’établir un parallèle avec le film d’Adam McKay Don’t Look Up, où il était question d’un déni cosmique.
Mais, oui, faites donc des poèmes. La poésie est devenue une sorte de pratique désespérée, extrême. Extrêmement inutile. Son inutilité, et, à mieux dire, sa futilité, se voit renforcée par l’approche présumée, de plus en plus plausible, de la fin du monde.
Cette vidéo circulait sur les réseaux, alors même qu’on n’avait pas encore digéré le fait que l’on nourrisse de livres l’IA Claude, et que l’on détruise ces livres, anciens et introuvables pour certains. C’est cela même, le grand remplacement.
Obsolescence de l’homme, tout ça. Il y a un an, je parlais également de cela, des robots-poètes [voir ici]. Et cela use, je veux dire, nerveusement, de redire toujours la même chose.
La fable de Hans Blumenberg sur le rire de la servante de Thrace me revient à l’esprit. La blague de la Silicon Valley ne fait plus tellement rire la servante de Thrace. Ou alors de ce rire désabusé dont la post-modernité nous a rendus coutumiers (les blagues de désespéré d’un Žižek par exemple).
La séquence sans doute prévisible de mauvaises nouvelles, ou de nouvelles à tout le moins inquiétantes (mon optimisme me perdra…), liées à l’intelligence artificielle n’a de cesse de s’accélérer. J’en ai le souffle coupé. Le présent article, dont la première ébauche n’a pas trois semaines, m’a soudain paru affreusement daté. Son écriture s’est arrêtée net de ce fait. Dur de faire le point sur quoi que ce soit. Comme si la mise en garde de Nathaniel Soares avait été formulée il y a quelques années déjà, on assiste au lancement des nouvelles lunettes de Mark Zuckerberg. De quoi mieux voir au fond du gouffre. Le PDG de Meta se la joue à la Steve Jobs, façon geek décontracté, mais le spectacle est évidemment glaçant.
Voici que l’affaire pour le moins bourbeuse autour du livre de Thélyson Orélien plonge le monde littéraire dans un Phlégéthon de perplexité. Un océan de merde, si l’on préfère.
J’aimerais signaler, à ce propos, un article de Pierre Vinclair sur son Atelier en ligne, qui a le mérite de mettre au clair quelques données quant à l’écriture de maintenant. C’est à lire ici.
Plutôt que de s’embusquer dans une polémique un peu vaine, Vinclair pose le doigt sur quelque chose de primordial à mes yeux, qui touche aux modes d’existences respectifs du roman (forme bourgeoise par excellence) et du poème (qui relève d’autre chose, d’une essentielle résistance (enfin, ça reste à voir)). Bulle spéculative contre approche communarde. Pas sûr, au reste, que ce soit à la fête de l’Huma que cela se joue, où l’aura de la lutte tend à se perdre dans un simulacre computérisé (voir supra).
Inventaire
Un copain libraire est chargé de faire l’inventaire. La boutique dont il s’occupe (sa santé économique a toujours été fragile), ferme définitivement. Je cherche, geste dérisoire, à acquérir un dernier ouvrage dans cette librairie où j’allais quelquefois dénicher de belles choses. Rien ne me tente. En temps d’inventaire, la marchandise prend vraiment des airs de marchandise. J’achète néanmoins trois petits carnets un brin kitsch. J’espère y griffonner des choses qui se tiendront un peu en marge de la machine (l’un d’eux est déjà rempli au tiers). On en est là. Tâcher d’écrire, comme si rien de grave ne se passait, comme avant, comme toujours, sans peur du ridicule.