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Secondes miscellanées d’octobre

Allocution télévisée

— Macron va parler ce soir, au sujet du zbeul d’hier.
— Oui, et?
— Effectivement.

P

Je ne suis pas un lecteur de Thomas Pynchon. Je ne sais pas ce que je manque, mais j’ai l’impression que ce peut être quelque chose de très grand. Pour tout dire, je n’arrive pas (pas encore), et ce n’est pas faut d’avoir essayé, à entrer dans le monde de Pynchon, à me laisser imprégner de lui.

Peut-être que mes pores sont d’ores et déjà (pores et déjà) obstrués par Joyce (ce dernier n’est-il pas, au contraire, un idéal exfoliant?), par l’idéal dipsomane d’Irlande ou par d’autres comédons, je ne saurais dire. Régis m’a conseillé de lire La Dissipation de Nicolas Richard, qui est une enquête kaléidoscopique autour de P. (« maelström de voix discordantes, aiguës, peu fiables ou trop précises ») et j’y trouve, à défaut de voie d’accès cutané d’infection vers Pynchon, certaines de mes obsessions propres. Mais je fais ce que Régis me dit de faire, et scrupuleusement.

Je lis sans antibiotiques, je lèche la rouille du mieux que je peux et j’y vais à fond.

Champagne chez Beckett

Dans Mal vu mal dit, je trouve la phrase suivante : « Enclave au milieu d’une maigre champagne elle gagne lentement sur celle-ci. » Champagne? Ne serait-ce pas plutôt « campagne »? Je m’empresse d’aller voir dans Ill Seen Ill Said, la version anglaise du texte (Beckett a écrit Mal vu mal dit d’abord en français), où l’on a : « Meagre pastures hem it round on which it slowly gains. » Pastures, pâturages. Soit.

Robert ne connaît pas de champagne autre que le vin blanc pétillant, ni Littré. Le TLFI m’apprend quant à lui qu’il s’agit d’un terme rare de géographie : « Étendue de terre cultivée, ouverte et plate. Spéc., région., souvent en topon. La champagne berrichonne, champagne de Saintonge. Terre au sol riche sur une assise calcaire portant de bons vignobles, telle la province de Champagne. » Beckett ne s’était pas trompé. Cette définition va bien avec le texte de Beckett, où il est question, justement, de pierres calcaires, de « cailloux crayeux ».

Ce n’est pas la première fois que Beckett m’apprend des mots. Je lui dois la découverte, oh! il y a longtemps, de « aporie », « éphectique », « narthex », « mucilage » — rien que dans L’Innommable. Je ne me souviens pas de ce que signifie « mucilage ». J’ai simplement retenu le mot, qui se trouve chez Beckett.

Je suis allé chercher, l’ayant oubliée, la signification de « mucilage », mais je pense oublier à nouveau le sens de ce mot, n’ayant, au fond, pas réellement saisi de quoi il retourne, lorsque l’on parle de mucilage.

Mélancolie de gauche

« C’est alors, entre les années 1920 et les années 1960, que s’offrirent les plus grandes opportunités d’un rendez-vous historique, marqué par plusieurs convergences mais finalement resté inaccompli. C’est bien de cette rencontre manquée, ensevelie sous les décombres du communisme et de la décolonisation, que se nourrit aujourd’hui la mélancolie postcoloniale de la gauche. » (Enzo Traverso, Mélancolie de gauche. La force d’une tradition cachée (XIXème-XXIème siècle), La Découverte, 2018 [2016], pp. 168-169).

Bibliographie

La Bibliographie, volume sept-cent huitième de la collection « Que Sais-je? » (Louise-Noëlle Malclès et Andrée Lhéritier) ne comprend pas de Bibliographie en fin d’ouvrage. C’est le livre qui devient, lui-même, sa propre Bibliographie, à la fois son sommaire et sa matière.

La Maison hantée

Je découvre à l’instant, en replay, la critique (ici) que fait Johan Faerber du livre de Michèle Audin, La Maison hantée, roman qui m’a fait un grand effet. Peut-être que mon ancrage strasbourgeois, les circonstances et déterminismes de ma lecture ont accentué ma curiosité et, même, aiguisé mon intérêt pour ce roman qui n’a manifestement pas conquis tout le monde. Je peux même donner raison à Faerber, qui voit en ce roman une forme éviscérée, sans incarnation. Mais je pense, contrairement à lui, que le recours à la fiction (quand bien même autobiographisante, quasi transparente) était nécessaire pour tâcher de faire, ici, acte de mémoire.

Anne Carson

Rêvé cette nuit que nous revivions la catastrophe de Tchernobyl mais en pire et, comme si cela ne suffisait pas, que j’étais chargé d’accueillir Anne Carson à Strasbourg, dans le cadre des Bibliothèques idéales. Pourquoi moi? Non, là, François, tu déconnes. T’occupes. Le plus simple c’est que tu l’accueilles chez toi. Et puis, hein, comme tout est radioactif en ville et que de toute façon les gauchistes ont décidé de bloquer le tram, on va vous filmer, la Nobel et toi, chez toi, ce sera plus sûr (tu as bien pris tes pilules d’iode?) et puis on diffusera sur Facebook, c’est une bonne idée non?

Non.

Regarder plutôt que lire

Les livres pris en photo, pas lus, pas feuilletés. Regardés plutôt que lus sur les stands des libraires d’occasion, place Kléber. Même par les gauchistes qui ont décidé de tout bloquer, faut pas croire. Changement de régime sémiotique : on contemple, on regarde le texte plus qu’on ne le lit. Un peu comme au musée zoologique, devant des espèces d’un autre temps.

Parler de « changement de régime sémiotique » est une formule aussi pédante qu’atténuée, appliquée à un phénomène qui est en train de déraciner nombre de nos certitudes.

Place du 17-octobre

Se faire gazer place du 17-octobre 1961, un 17 octobre précisément. Cela ne manque pas de sel.

Bidet

La loi italienne le stipule : chaque logement d’habitation doit être pourvu d’un bidet dans au moins une salle de bain de chaque logement résidentiel en vertu de l’article 7 du Décret ministériel du 5 juillet 1975 (DM Sanità 5/7/1975). Le mot français « bidet » est resté tel quel dans la langue italienne, dans leur loi même, mais a pratiquement disparu des salles de bain françaises. Il n’est chez nous guère plus qu’un mot. En manifestation, en France, on scande, en italien, Siamo tutti antifascisti; en Italie on dit, en français, « Tout le monde déteste la police ». On rigole de tout cela, avec Massimiliano. La discussion est, bien entendu, animée par ce qui se passe, encore qu’à Palerme, ce soit plutôt calme. Meglio gli anni di piombo di questi anni di piuma.

Choses à faire

Aller vérifier, à l’aéroport de Palerme, si, par hasard, ma valise ne s’y trouverait pas. [ici, du suspense, encore qu’on n’y croie pas des masses]

Relire Oublier Foucault de Baudrillard pour célébrer son annive de manière un peu tonique, au goat de la philo.

Me faire faire une série de cartes de visite, bigliettini à l’ancienne, sans trop me faire rouler, chez le petit typographe que j’ai repéré à Palerme.

Tâcher de publier les secondes miscellanées d’octobre encore au mois d’octobre.

Ne plus publier de miscellanées. Ou selon un désordre d’une autre nature.

Méditer sur la différence qu’il y a, dans l’usage, entre « sûreté » et « sécurité », dans différentes langues si possible.

Écrire, ou tout du moins méditer au sujet de ce cheval, reproduit photographiquement à la fin du dix-neuvième siècle sur un portrait-carte, dont le bout des pattes, plus clair, s’efface graduellement avec le temps.

Vérifier la pagination des deux éditions « I Meridiani » des œuvres de Lampedusa.

Me faire envoyer un kilo de busiate trapanese.

Me renseigner sur les salles de cinéma de Palerme dans les années 50. Comment s’appelait le cinéma qui se trouvait près du Politeama?

Trouver des informations et, si possible, des photos, sur les pâtisseries et les cafés à Palerme, toujours dans les années 50.

Continuer de tanner mon petit réseau d’archivistes à Turin et Florence, qui doivent sans doute avoir quelque chose d’intéressant, malgré leurs évasives dénégations. Il mentent, comme les employés du cimetière des valises perdues de Palerme.

Reprendre mes notes au sujet de cette carte en ruines dont parle Borges, une carte à l’échelle un, qu’on a abandonnée dans les confins du pays. Des gens y vivent. (Voir « Der kleine Ruinenbewohner », le petit habitant des ruines chez Kafka.)

Peut-être développer cette intuition, autour d’une amphibologie de la crise, en partant du slogan vu sur des pancartes en manifestation, tiré de Hunger Games, « If we burn, you burn with us « .

Maintenir vivante cette pratique qui consiste à écrire dans des carnets, en sorte de ne pas nourrir la bête systématiquement. Les pratiques numériques ont quelque chose de gluant. C’est la réalité même (pas augmentée, pour le coup, et tout au contraire) qui se voit transformée, et bien sûr que la réalité est affaire de changement, de transformation, de mutation, etc. mais c’est bien sûr d’autre chose dont il s’agit.

Bundschuh

Je suis allé voir ce matin (lundi) le grand tag « Bundschuh » qui avait été tracé samedi sur la façade de Saint-Thomas. Il a déjà été repeint, recouvert de blanc, comme l’essentiel des inscriptions en ville. La fonction des médias consiste à ripoliner le discours. On annonce notamment des couvre-feux partiels et localisés.

Non-interview

La non-interview de Beckett lors de la réception du prix Nobel est exemplaire. Il y a, bien sûr, une forme de pose là-dedans, dans tous les sens du terme. Mais tout de même un peu moins que dans l’espace médiatico-culturel de maintenant.

Bibliographies des bibliographies

Le chapitre huitième de La Bibliographie, volume sept-cent huitième de la collection « Que Sais-je? » (Louise-Noëlle Malclès et Andrée Lhéritier) s’intitule « Bibliographies des bibliographies ». On y parle de la Bibliotheca bibliothecarum du Jésuite Philippe Labbé (1607-1670), éditée en 1671, rééditée en 1678 et en 1682. Le seul titre de ce livre, qui se veut l’inventaire des inventaires parus jusqu’à lui, m’emplit de joie, presqu’autant que Res Rerum, le classique de la réisophie dont on doit l’exhumation à Laurent Albarracin.

Machines émeutières, tondeuse à gazon

Je relis Johnsons & Shits de Laurent de Sutter. J’ai noté, au crayon, dans mon exemplaire : « Relu le 7 octobre 2020 après l’avoir lu d’une traite le 6, et avoir perdu cet ouvrage dans le tram, dans la nuit du 6 au 7. » Ce livre est une série de « notes sur la pensée politique de William S. Burroughs ». Il y est question de « machines émeutières », mais je rouvre ce livre surtout pour le passage suivant :

Dire que nous sommes voués à l’immortalité ne pose problème qu’à ceux qui souhaitent poser des barrières à la pensée — qu’à ceux pour qui il est fondamental (traduire : intéressé) que le pensable fasse l’objet d’un bornage strict et d’un réglage minutieux. Pour un Johnson, la question du bornage ou du réglage de la pensée a aussi peu de sens que celle de l’utilisation d’une tondeuse à gazon au fond de l’océan; ce qui lui importe, au Johnson, est la manière dont la pensée est susceptible de nourrir la dimension expérimentale de la vie. De cette dimension, l’impensable, le paradoxal, le contradictoire, l’inconsistant, l’erroné, le faux sont autant de manifestations dont il serait purement gratuit (traduire : policier) de postuler qu’il faudrait les écarter du domaine de ce qui serait recevable, légitime ou vrai. Foutez la paix à la pensée!

Le livre reste aussi roboratif aujourd’hui qu’il y a six ans.

Guyotat

— Punaise, ça me tombe des mains.
— Mais il y a l’ouverture de Tombeau pour 500 000 soldats.

Terremoto

La terre a tremblé ce matin à Palerme. L’épicentre se trouvait au large de Cefalù. On parle d’un séisme à magnitude 4.3.

Plantage de WordPress

Hazard

La Bibliographie, volume sept-cent huitième de la collection « Que sais-je? » (Louise-Noëlle Malclès et Andrée Lhéritier) comprend une allusion à un compte rendu d’Albert Troux (dans la revue Information historique (1954)), du livre de Paul Hazard, La crise de la conscience européenne, dont je viens d’entamer, ce matin, la lecture au café. Ce ne peut être un hasard. Cet étrange « Que sais-je » prendrait presque les aspects inquiétants d’un livre total de 128 pages à peine, balisant par avance le chemin de mes lectures.

Le cimetière des valises perdues

Elle m’attendait, depuis un peu plus de deux mois, debout sur ses roulettes dont une passablement flinguée, poignée encore déployée, implorante, à l’aéroport de Palerme, parmi d’autres valises, très nombreuses. Je l’ai reconnue de suite. Le gens des objets perdus, ceux que j’ai eus par mail, et, même, au téléphone, semblaient heureux pour moi, ces personnes du Lost and Found qui me certifiaient, au téléphone, par mail, ne pas voir de valise, aucune chose de ce genre, ici, au cimetière des valises perdues de l’aéroport Falcone-Borsellino, où pourtant des centaines de valises s’entassent. Il ne faut alors pas poser de questions. Se contenter de prendre sa valise et ne pas chercher d’explication. Il y avait mon nom, celui de la compagnie, tout, sur la valise. Comment cela se fait-il que? Soyez content, déjà, de l’avoir retrouvée.

Ghost dog

Je me suis fait mordre par un chien au poignet droit. Je connaissais pourtant la bête, ainsi que son maître. Ce chien par ailleurs affectueux ressemble fort au chien que j’avais. Je montre la photographie de feue Malou au maître, qui en est sidéré. Nous ne pouvons nous empêcher d’y voir un signe, que l’on laisse tel quel, dans son aura de mystère.

J’observe ma blessure, ma peau un peu ouverte, et je pense à l’accès cutané à l’œuvre de Pynchon. Lire par les plaies, à la manière dont Michaux parle d’une connaissance par les gouffres.

Comment ça se passe en France?

Benjamin travaille (avec sa maman et sa compagne) au Palais. Il me propose un café, je m’empresse de le faire moi-même, et il me questionne sur la situation dans les rues de France. On parle du blocage dans le sud de l’Italie. Il me dit que les petits commerçants, via Maqueda, vivent bien la situation, les maraîchers du Ballarò se frottent presque les mains.

En Pléiade

— Patrick Modiano va être édité en Pléiade.
— Oui, et?
— Effectivement.

De la bibliographie pure

La Bibliographie, volume sept-cent huitième de la collection « Que sais-je? » (Louise-Noëlle Malclès et Andrée Lhéritier) est décidément un livre fascinant, où l’on trouve de tout, et bien davantage. Il ne fait aucun doute que si je tirais, par exemple, le fil de l’OCLC (Online Computer Library Center), à Dublin, dans l’Ohio, dont il est question à la page 127 de ce livre incroyable, je pourrais retrouver la trace de tel opuscule consacré à la marine américaine à Malte, où apparaîtrait quelque micro-événement très lointainement relatif à Pynchon.

Certaines pages de La Bibliographie sont, on peut le dire, émouvantes. Voici le dernier paragraphe de la page 55 :

À l’écart, se tiennent les libraires instruits. Ceux-ci s’appliquent, avec autant de zèle, à forger la bibliographie pure, c’est-à-dire à faire de la recherche des livres une activité propre ou une fonction. La nouvelle science, qui a pris racine au XVIème siècle en Angleterre et en Allemagne, s’implante solidement au XVIIème dans ces deux pays, puis perce en France et pousse des ramifications partout. Ce mouvement détourne sensiblement la recherche des textes imprimés de sa direction initiale; exercée jusqu’alors par des hommes uniquement épris de l’histoire, elle va peu à peu passer aux mains des bibliographes de profession, spécialistes du livre, et gagner son indépendance.

L’histoire de la bibliographie témoigne d’une épistémologie réelle, et quelquefois solennelle, tout en offrant une latitude de rêve à qui sait y prendre goût. Qui furent ces « libraires instruits », artisans zélés de la « bibliographie pure »?

— Et comment ça s’est passé avec Anne Carson?

Dans le désert du réel

Je vais à Famila, le petit supermarché de la piazza Marina, pour acheter du shampooing et des sparadraps. La blessure à mon poignet pulse un peu, mais ne suppure pas. Je ne pense pas avoir attrapé la rage, mais le chien? (Je suggère à Micah de prendre une bière, mais il me dit que son chien est 86’d. C’est peut-être qu’il est malade.) Les rayons de produits frais sont vides, archi-vides. Les routiers bloquent les grandes voies d’accès en Italie du Sud.

Europe, Filles bleues

Auxeméry me dit avoir reçu son exemplaire du numéro à paraître de la revue Europe consacré à Dylan Thomas et à Sylvia Plath, où il traduit et commente avec Pierre Vinclair un poème de Dylan Thomas. Julien aussi, qui me dit en être très content. Pierre aussi. J’écrivais quant à moi, ici-même, à Palerme, mes premières notes sur Sylvia et Ivar il y a quelques années maintenant. Le blogue en garde la trace hésitante.

Filles bleues d’Ivar est presque passé inaperçu. Le livre n’en est pas moins entré dans une durée particulière, la temporalité difficile et exigeante qui sied bien à Ivar. Saluons le courage éditorial qui rend possible ce succès d’estime.

Sonnets

Une vingtaine de sonnets composés vers la fin de des années 1760 m’occupent, et cela me tient éveillé une partie de la nuit. Ces documents assez rares font partie d’une sorte de dossier composé de pièces de différentes natures (ordres du roi, bulletins, lettres et autres gazettes, etc.), sans doute établi par un juriste, en vue de préparer le décès de Clément XIII et, surtout, le conclave qui allait suivre. Les sonnets relèvent d’une propagande assez féroce contre les jésuites, dont on organisait alors assez méthodiquement l’expulsion.

Ettore Majorana

Le fantôme d’Ettore Majorana hante nombre de mes discussions ici à Palerme. Que ce soit avec Micah qui projette de faire un film à son sujet, avec Massi ou encore avec tel journaliste croisé au Palais. Cela me fait penser qu’il faut que je poursuive mes notes sogoléennes, au sujet de ce roman abandonné.

La gamelle de vomi

« Habit is the ballast that chains the dog to his vomit. » Cette formule incroyable se trouve, avec d’autres, dans le Proust de Beckett. Je me dis que les jeunes qui protestent, lycéens en particulier, ne sont pas encore enchaînés, eux, à leur gamelle de vomi (les étudiants peut-être déjà). C’est sans doute ce qui fait leur incroyable force, et leur assure une témérité dont on espère qu’elle ne soit pas déjà vouée à s’évaporer, à se perdre en vaine idéologie.

Dark ages

Je tourne autour de Milton depuis quelque temps, de son Areopagitica en particulier. Je trouve, par hasard, une édition des Critical and Historical Essays de Macauley, un Whig patenté qui n’a a priori rien pour me plaire, et je me plonge dans son essai assez dense sur Milton. Je suis loin de synthétiser cette réflexion (et je crois ne pas éprouver le désir de le faire), mais la prose un peu désuète de Macauley ne manque pas d’intérêt. « Poetry, écrit-il, produces an illusion on the eye of the mind, as a magic lantern produces an illusion on the eye of the body. And, as the magic lantern acts best in a dark room, poetry effects its purpose most completely in a dark age. » Métaphore éculée mais efficace de l’œil de l’esprit, jeu sur la lumière et l’obscurité : la poésie est amenée à produire toute sa lumière dans les époques les plus sombres.

Tout porte à croire qu’à l’avenir la poésie sera amenée à briller davantage encore.

Fin des miscellanées

J’éprouvais jusqu’à peu une forme de plaisir à bricoler ainsi des fragments, à les agencer selon un ordre le moins concerté possible. C’est ce que l’on fait d’ordinaire dans ses carnets, en développant, en précisant un peu moins. En ne se donnant pas cette peine. Ici, on se sent redevable vis-à-vis du lectorat, et l’on cherche à davantage favoriser la clarté.

— Vraiment?
— Une clarté relative, mettons.

Or, cette forme fragmentaire-ci ne me convient pas ici. Elle me pèse, et je ne m’astreindrai pas à ajouter quoi que ce soit à cette série.

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